6 241 : c’est le nombre moyen de pensées qui traversent chaque jour notre esprit, d’après une étude canadienne. Pourtant, la plupart regardent dans le rétroviseur ou scrutent l’horizon. Moins de 20 % restent arrimées à l’instant où tout se joue. Anticiper ou ressasser n’a jamais offert la moindre garantie d’éviter la surprise, ni de dissoudre les regrets. Pendant ce temps, la vie, elle, se passe maintenant.
Des disciplines issues de la psychologie et des neurosciences ont révélé qu’on pouvait contrer cette mécanique mentale. Changer notre rapport au temps et retrouver le goût du présent, ce n’est plus une utopie. Les pratiques de pleine conscience, longtemps laissées de côté, s’imposent désormais dans de nombreux accompagnements thérapeutiques.
Pourquoi avons-nous tant de mal à vivre l’instant présent ?
Notre esprit ne tient pas en place. Il préfère fouiller le passé ou dérouler des scénarios sur l’avenir, tout sauf se poser ici et maintenant. Les neurosciences éclairent ce fonctionnement : notre cerveau, façonné au fil de l’évolution, a appris à anticiper. Autrefois, cette capacité ouvrait la voie à la survie. Aujourd’hui, elle alimente surtout les ruminations et les peurs.
La vie moderne n’arrange rien : sollicitations constantes, anxiété qui grimpe, pression du multitâche… L’attention se morcelle, la qualité de présence s’effrite. Les écrans, omniprésents, donnent l’illusion de maîtriser le temps, mais dispersent l’esprit à tout-va. Prendre le temps de vivre le présent, c’est presque un acte de résistance face à la cadence effrénée du quotidien.
Voici trois pièges mentaux qui nous éloignent du présent :
- Ruminations : l’esprit repasse les scènes du passé, cherche des explications, ressasse parfois les regrets.
- Projections anxiogènes : l’avenir, par définition incertain, devient le théâtre de toutes les inquiétudes et nourrit l’anxiété.
- Multitâche : en dispersant l’attention, il affaiblit la capacité à être vraiment présent à soi-même et aux autres.
Apprivoiser ce mental fugueur, remettre en question nos réflexes d’anticipation, c’est tout un apprentissage. Notre société valorise la performance, la planification, le contrôle. Pourtant, la possibilité d’une vie plus intense et moins pilotée par les automatismes se joue dans la façon d’habiter pleinement chaque instant. Là se niche la liberté, loin des injonctions du futur ou des fantômes du passé.
Les bienfaits insoupçonnés de la pleine conscience au quotidien
Vivre pleinement, c’est choisir de s’installer avec lucidité dans ce qui se passe, ici et maintenant. La pleine conscience change le regard sur le temps, invite à une présence sans filtre ni distraction. Les enseignements de Thich Nhat Hanh ou d’Eckhart Tolle ne relèvent pas de la mystique : il s’agit simplement de porter attention à la respiration, de goûter chaque sensation, d’habiter ses gestes au quotidien pour retrouver la saveur du moment.
Les études cliniques l’attestent : méditer régulièrement diminue le stress, améliore la mémoire, renforce la concentration. Pratiquer la gratitude, même quelques minutes, a un impact direct sur le bien-être. Dans les relations, l’écoute s’affine, les tensions s’apaisent, les échanges s’enrichissent.
Trois effets concrets se dégagent de ces pratiques :
- Une sérénité qui s’installe, même quand tout vacille autour.
- Le bonheur fait irruption ici, sans être projeté à demain.
- La présence consciente transforme la routine en expérience vivante.
La pleine conscience n’est pas un refuge, c’est une manière de traverser chaque moment, d’accueillir la réalité, qu’elle soit douce ou rugueuse, sans se dérober. On ne renonce ni à la mémoire ni à l’anticipation, mais on remet ces facultés à leur place : des outils, non des prisons.
Quelles techniques simples pour savourer ici et maintenant ?
Faire taire le vacarme intérieur, retrouver la densité de l’instant, cela s’apprend par des gestes concrets. Premier réflexe : la respiration. Fermer les yeux, inspirer lentement, sentir l’air entrer, gonfler la poitrine, puis repartir. Le souffle ramène dans le présent, il coupe court aux pensées envahissantes.
L’ancrage dans le corps est une autre porte d’entrée. Marcher pieds nus, sentir le sol, l’air, la tension dans les muscles : s’installer dans la sensation, c’est reprendre pied dans le moment. Ralentir, ne serait-ce que cinq minutes, suffit parfois à casser le rythme effréné du multitâche.
Vous pouvez également essayer de vous concentrer sur un sens. Écoutez les bruits autour de vous, sentez un parfum, touchez un tissu et prêtez attention à sa texture. Cette observation aiguise la présence, aide à lâcher prise.
Beaucoup tiennent un journal de gratitude : chaque soir, noter ce qui a émaillé la journée de positif. Plusieurs recherches confirment que ce rituel, aussi modeste soit-il, améliore le moral. D’autres s’appuient sur des applications de méditation, pratiques et guidées, pour retrouver le calme intérieur.
Le fameux « carpe diem » ne relève pas d’une injonction magique. Il prend vie dans ces petits exercices répétés, qui déplacent le regard et redonnent toute leur force aux instants ordinaires.
Explorer l’hypnothérapie et la sophrologie pour aller plus loin
Approcher le présent différemment passe aussi par des disciplines qui marient le corps et l’esprit. Hypnothérapie et sophrologie ouvrent d’autres chemins vers une présence plus ancrée, bien au-delà de la simple volonté de ralentir. Ici, la parole, la respiration et la visualisation deviennent des leviers pour habiter pleinement chaque instant.
La sophrologie, fondée par Alfonso Caycedo, s’appuie sur la relaxation dynamique. Grâce à des exercices doux, l’attention se concentre sur le vécu présent, l’écoute des sensations s’affine. Respiration contrôlée, mouvements conscients, temps de pause : chaque séance invite à accueillir ce qui se présente, sans jugement. Ce cadre permet de mieux se connaître, de clarifier ses valeurs, de renouer avec ses ressources intérieures.
L’hypnothérapie, pour sa part, utilise l’état modifié de conscience. Le praticien accompagne la personne vers une introspection profonde, révélant les schémas qui empêchent la présence. Ce travail aide à lever les blocages et favorise une façon d’être plus connectée à l’ici et maintenant.
Ces approches offrent plusieurs bénéfices :
- Une meilleure appropriation de ses sensations
- Un recentrage sur le vécu immédiat
- Des choix plus en phase avec ses valeurs et besoins réels
Il ne s’agit pas de forcer le présent, mais de le laisser s’installer, pas à pas, à travers l’expérience directe. Au bout du compte, c’est dans ces petits déplacements intérieurs que le présent cesse d’être un slogan pour devenir une façon d’habiter le monde.


